Pour un rock thermidor

« Je crois très fort à l’arrogance. Je hais l’idée de soumission, d’humilité. C’est l’une des idées majeures de ce mouvement « Ultra » : ne pas être soumis. Saint-Just était aussi aristocrate que ceux qu’il a guillotinés. Quant à moi, s’il faut subir une forme de contrainte ou de dictature, je préférerais toujours qu’elle soit exercée par l’élite plutôt que par la masse. On peut discuter avec l’élite. Avec la masse, c’est impossible, elle parle trop fort… »

(Entretien avec Alain Pacadis, Libération, 16/17 mai 1981, Pour un rock thermidor)

Je chante le rock électrique – Rock & Folk

« Les teenagers préfèrent le bubblegum au marxisme, c’est heureux… L’imagerie du vécu dépasse n’importe quelle logique fondée sur un raisonnement. C’est là la force du teenager. L’aventure gauchiste n’est pas, dans le concept musical / électrique qui nous préoccupe, plus importante que la mode du twist ou des bottes à semelles compensées ».

(Je chante le rock électrique – R&F 1973 – Yves Adrien)

Nico par Yves Adrien

 » Nico n’est pas vraiment un concept industriel növö, mais c’est une amie curieuse, une chanteuse qui fut blonde, une héroïne raffinée… Quelq’un dont j’apprécie, plus que tout, l’art de tenir la distance : de Fellini à Gengis Khan, via le Velvet et Elektra, Nico a traversée deux décennies de blizzard poudreux, mandraxé (marbre ou neige, d’autres auraient été mises à l’index : elle non ). 
Nico plie mais ne rompt pas. C’est pourquoi, ce soir, flanqué de Lutz et de l’Homme au Violon, elle donne deux concerts new-yorkais : les premiers en 6 ans… 

J’arrive à minuit au CBGB. Presque gaie, Nico m’accueille d’un  » Laker, c’est vraiment bien, non? « . Pendant qu’elle se maquille, on parle du plaisir de s’ être tirés de Paris, de ses projets américains, etc. Mitraillage intense : Nico buvant une Heineken, Nico se mettant du rouge à lèvres, Nico notant une adresse… Et parmi l’assortiment de Clash, Cramps, Contortions présents, on trouve Johansen, Kaye, Bangs, Fields,  » New York Rocker « , bref, le décor est planté. 

Nico, cette nuit là, enchaîne  » The End « et  » Femme Fatale « . John Cale l’accompagne, tendu, paranoïaque. Dans la salle une voix hurle « sans vous, Warhol ne serait rien … » : Cale sourit à peine. Nico chante en allemand pour Brian Jones et dédie  » Deutschland über Alles  » à Andreas Baader. Le public l’acclame, la rappelle, bref manifeste bruyamment son enthousiasme américain: a legend emerge from shadow. Impériale, Edwige demande « The Falconer  » et l’obtient. Ce fauconnier ressemble fort au Warhol de la factory argent, celui qui lançait ses Stars avec froideur. C’était il y a 13 ou15 ans, dans cette même ville. Nico était blonde et John cale avait les joues creuses : ils évoluaient au sein du groupe le plus moderne, le plus novateur de la décennie; un Souterrain au sortir duquel chuteraient les années, les problèmes et les chefs- d’oeuvre :  » Marble Index « ,  » Desertshore « ,  » Paris 1919 « ,  » Helen Of Troy ». 

Et, cette nuit, l’accueil délirant du public fait office de machine à remonter le temps : Nico est blonde et John Cale a les joues creuses, on est de nouveau en 1966 ( à New York, d’ailleurs, n’est-on pas TOUJOURS en 1966 ? ) « . 

Yves Adrien, extrait de  » NovöVision, Les Confessions D ‘un Cobaye Du Siècle », 1980.