Berceau de reflexions

Berceau de reflexions

Par la douceur des nuits d’été, les soirées chillax et la bonne compagnie, je decouvre finalement que mon berceau de reflexions est établi, et qu’il me reste que profiter de mes moments de paix en compagnie d’une lanterne, d’un peu d’air frais, et d’une imagination réveuse et plus ou moins lucide…

Et la musique continue avec Zakir Hussain et Jan Garbarek, Making Music

Let the sun shine in

Let the sun shine in

Échanger son lit contre une bonne boulle d’air frais et des rayons illuminant. Ils nous porteront vers là bas, vers l’autre bout peut être… Un espace au quel on n’appartient pas mais qui continu à nous séduire…

J’échangerais volontiers mon lit contre une réalité, mais juste pour un jour, ou du moins à la fois ! Rien ne portera le poids de mes pensées mieux que mon oreiller fidèle sinon. Et je le te retrouverais, le soir encore, pour un autre épisode de rêves inachevés.

Entre temps, I let the sun shine in… Later, I could go on dreaming

Nico par Yves Adrien

 » Nico n’est pas vraiment un concept industriel növö, mais c’est une amie curieuse, une chanteuse qui fut blonde, une héroïne raffinée… Quelq’un dont j’apprécie, plus que tout, l’art de tenir la distance : de Fellini à Gengis Khan, via le Velvet et Elektra, Nico a traversée deux décennies de blizzard poudreux, mandraxé (marbre ou neige, d’autres auraient été mises à l’index : elle non ). 
Nico plie mais ne rompt pas. C’est pourquoi, ce soir, flanqué de Lutz et de l’Homme au Violon, elle donne deux concerts new-yorkais : les premiers en 6 ans… 

J’arrive à minuit au CBGB. Presque gaie, Nico m’accueille d’un  » Laker, c’est vraiment bien, non? « . Pendant qu’elle se maquille, on parle du plaisir de s’ être tirés de Paris, de ses projets américains, etc. Mitraillage intense : Nico buvant une Heineken, Nico se mettant du rouge à lèvres, Nico notant une adresse… Et parmi l’assortiment de Clash, Cramps, Contortions présents, on trouve Johansen, Kaye, Bangs, Fields,  » New York Rocker « , bref, le décor est planté. 

Nico, cette nuit là, enchaîne  » The End « et  » Femme Fatale « . John Cale l’accompagne, tendu, paranoïaque. Dans la salle une voix hurle « sans vous, Warhol ne serait rien … » : Cale sourit à peine. Nico chante en allemand pour Brian Jones et dédie  » Deutschland über Alles  » à Andreas Baader. Le public l’acclame, la rappelle, bref manifeste bruyamment son enthousiasme américain: a legend emerge from shadow. Impériale, Edwige demande « The Falconer  » et l’obtient. Ce fauconnier ressemble fort au Warhol de la factory argent, celui qui lançait ses Stars avec froideur. C’était il y a 13 ou15 ans, dans cette même ville. Nico était blonde et John cale avait les joues creuses : ils évoluaient au sein du groupe le plus moderne, le plus novateur de la décennie; un Souterrain au sortir duquel chuteraient les années, les problèmes et les chefs- d’oeuvre :  » Marble Index « ,  » Desertshore « ,  » Paris 1919 « ,  » Helen Of Troy ». 

Et, cette nuit, l’accueil délirant du public fait office de machine à remonter le temps : Nico est blonde et John Cale a les joues creuses, on est de nouveau en 1966 ( à New York, d’ailleurs, n’est-on pas TOUJOURS en 1966 ? ) « . 

Yves Adrien, extrait de  » NovöVision, Les Confessions D ‘un Cobaye Du Siècle », 1980.

Brian only knows

( Ou : Comment la spiritualité vint à la pop music )
Longtemps, la pop music fut coupée du Divin, de L’Absolu : elle était forcément transgressive (le déhanché de Presley), se situait résolument dans le  » ici et maintenant  » (le « Hope I die before I get old  » de Pete Townshend).
Musique de l’instant, elle donnait la prime à l’urgence : trop jeune, la pop n’avait pas d’histoire et prônait une farouche iconoclastie, détruisant les images pieuses pour faire place aux icônes pop. Parfois, avec sa rébellion velléitaire et son esprit embrumé par les odoriférantes fleurs de la contestation, elle se voyait déjà rosir l’arrière-train dans les flammes de l’enfer (cf. les Stones clamant leur « Sympathy for the Devil ), la transcendance, le rapport à l’absolu, ne pouvant s’établir que par le bas, avec l ‘assistance de toute une fantasmagorie satanique, assez cocasse a posteriori (mythe du bad guy, suppôt de Satan incarné depuis par pas mal de guignols, d’Alice Cooper aux outranciers Kiss, pour aboutir à l’Antéchrist de Prisunic, baudruche pleine de nihilisme, Marilyn Manson

Puis vinrent les Beach Boys.  » Cinq boy-scouts chantant à tue-tête, empilés dans une jeep ou courant en bermudas sur la plage. Ils incarnaient ce qu’on était censé vomir le jour où l’on s’intéressait au rock « , dixit l’exégète wilsonien Michka Assayas. Partant de cette description significative,de l’ hédonisme WASP westcoast du début des années 60, soutenue par la Sainte Trinité surf /pop /girls, comment décemment affirmer que les Beach Boys incarnent la spiritualité même ?

Peut-être en précisant ce qu’est cette spiritualité, au regard de ce qu’elle n’est pas : ni l’attrait naïf des jeunes occidentaux pour les philosophies orientales dans les late -60’s (qui n’était qu’ un néo-exotisme orientaliste ), ni un conservatisme dévot teinté de rigorisme protestant.
Tournons-nous plutôt vers le chatoyant teuton Friederich Hegel : selon lui, l’ Esprit, l ‘Absolu, le « divin » , n’est pas dissocié du réel, mais doit, au contraire, s’incarner dans des productions concrètes, en particulier dans les oeuvres d’art.  » L’oeuvre artistique tient ainsi le milieu entre le sensible immédiat et la pensée pure. (…) Ainsi, dans l’art, le sensible est spiritualisé  » ( in  » Cours d’Esthétique » ).

Les chansons des Beach Boys sont en ce sens, hautement spirituelles : c’est peu dire qu’elles sont inspirées, il serait plus juste d’ avancer qu’elles sont littéralement touchées par la grâce. Brian Wilson lui même reconnaît cette influence transcendante : « During the production of Pet Sounds, I dreamt I had a halo over my head « , avoue-t-il. De même, ne décrit-il pas l’intention président à l’élaboration de du plus mythique des lost albums de l’histoire du rock, le fameux  » Smile « (commencé en 1967, sorti en 2004), comme celle d’une  » teenage symphony to God  » ?
Loin d’une mystique sous L.S.D, la ferveur de Brian Wilson est pareille à celle d’un d ‘un enfant : non corsetée par les dogmes religieux, naïve, personnelle, intense.
Car ne nous y trompons pas : c’ est bien de Brian Wilson qu’il s’agit, génial démiurge, incarnation même du « créateur torturé » (mythologie largement entretenue par sa maison de disques Capitol, essayant vainement de canaliser la folie réelle du bonhomme en une démence artistiquement et commercialement acceptable), les autres Beach Boys n’étant que de modestes exécutants tacheronnesques, créateurs à l’occasion, au service du thaumaturge perfectionniste.Il n’y a qu’à comparer Pet Sounds, entièrement composé par Brian, et les risibles, quoiqu’ attendrissants, albums des Beach Boys des années 70 / 80, quand le maître ne répondait plus présent, pour s’en convaincre. A l’évidence, Kokomo n’est pas Good Vibrations.

Enfin, poussons notre idée à son terme et avançons fièrement l ‘idée suivante: la musique des Beach Boys n’est rien d’autre qu’une manière de musique sacrée.
Sacrée, et non religieuse, car son écoute pousse plutôt l’auditeur à l’introspection, au sentiment sacré personnel et singulier, qu’elle ne le fait se signer pieusement.
Elle se pose ainsi en directe héritière du plain-chant grégorien,  » une forme chorale à peine différenciée de la prière, et une prière qui déjà est musique « . Définition qui va comme un gant à certaines constructions de Pet Sounds ( les harmonies vocales de You Still Believe In Me ) ou aux mésestimés albums Friends (1968), ou Sunflower (1970).
Du grégorien pour surfeurs californiens.

De la musique sacrée pour incroyants en bermudas barilolés.

Texte paru dans le numéro un du fanzine auto-édité « La Plage », avril 2002