Lester et Lou, part 1

 » Qui d’autre que Lou Reed se laisserait aller au point de devenir gras comme un cochon, puis embaucherait le groupe de cavités corticales adolescentes le plus crétin qu’il puisse trouver, avant de le traîner dans tout le pays pour une tournée travelo mortifère sans précédent ? 

Qui d’autre franchirait la Grande Mare en somnolant des mois durant dans une capsule de sécobarbital géante en compagnie de gens tels que Bob Ezrin, Steve Winwood, Jack Bruce pour gerber « Berlin », gargantuesque pavé de rancoeur véreuse qui est peut-être l’ album le plus déprimé de tous les temps ? 

Qui d’autres se fourrerait alors dans le bras tant de vitamines revigorantes qu’ il perdrait toute cette graisse en une nuit, puis se traînerait sur scène en fauteuil roulant en pleine crise de coliques spasmodiques alors que tout le monde s’attendait à ce qu’il bouffisse et meure ? Qui d’autre aurait fait de ce gig une sorte de croisement bizarre entre Jerry Lewis et et un babouin sous cantharide ? Qui d’autre que Lou Reed aurait survécu au ridicule dont il s’est si longtemps couvert, au point d’arriver à prendre au lasso un grand groupe de rock chargé de seconder toutes ses singeries ? 

Nommez-moi quelqu’un qui, émergeant de de ce bourbier qu’était « Berlin », ferait « Sally Can’t Dance », album qui se brisait les chevilles à vouloir abandonner tous les fans endurcis de Reed pour faire toutes les concessions possibles à un commercialisme pris au niveau le plus bas de la bouillie comestible, et réussirait à placer cette galette merdeuse dans le Top Ten ? 

Qui d’autre écrirait des volumes entiers de culture capillaire : coupant ses boucles crépues et se rasant le crâne en vue d’acquérir un certain charme simiesque; puis couronnant le tout en taillant des croix de fer dans ce minable petit tas de chaume (…), et en teignant en blond son dôme à la Hitler Jugend de façon à ressembler à un Kenneth Anger bubble-gum, ce qui est, de toute évidence, une fichue façon d’avoir l’air cool pour une pop star, surtout si elle ressemblait à un tas de merde boudeuse depuis aussi longtemps que Lou ? 

Qui d’autre que Lou Reed pourrait ajouter un chapitre entier aux annales du mauvais goût scénique en se faisant un garrot en plein milieu d’ « Heroin », feignant de se shooter avec une vraie seringue- qu’à l’occasion au moins, il tendit en souvenir à un membre de l’assistance ? 

Quel autre rocker accorderait unr interview à l’auteur de ces lignes, lirait avec approbation le féroce vitriolage qui en résulterait, et m’inviterait pour un second round, car bien entendu, il est tellement masochiste qu’il a adoré ce coup de poignard dans le dos ? 

Personne d’ autre, voilà qui. » 

Lester Bangs, 

« Louons maintenant les célèbres nains mortifères, 
ou : 
Comment je me suis castagné avec Lou sans m’endormir une seule 
fois », 1975, 
extrait du recueuil  » Psychotic reactions et autres 
carburateurs flingués »

4 réflexions sur “Lester et Lou, part 1

  1. lester est sympa,quand même,nous sommes en 1975,et il omet de parler de mmm…bon ,trêve de plaisanterie,grand écrivain ,le garçon…et grande moustache…

  2. C’est parce qu’il était l’un des plus grand fan de Lou que le père Lester se permet ces familiarités, évidemment….La tactique classique du vieux punk pudique…

    Mais de quoi omet-il de parler ?

  3. Dans un autre texte, Lester qualifie tout de même « Metal Music Machine » de « plus grande disque qui ait jamais été enregistré » (rires)… Mais quand la mauvaise foi critique s’exprime avec tant de talent, j’en redemande…

    A l’évidence, le geste de Lou en commettant ce disque n’était rien d’autre que la provoc’ puérile et égocentrique à laquelle il avait habitué son public en ces années troublées….
    « Coney Island Baby  » viendra alors rappeller à point nommé de quoi Lou est capable quand il arrête de faire l’imbécile…

  4. 1975,l’année de sortie de mmm:soit « metal machine music »:selon la légende,pas fausse,le disque le plus inaudible de l’histoire du rock…il est comme ça ,lou…cet album est devenu une sorte d’étalon du pire…ainsi éric débris parlant de la 1ère mouture de métal urbain(lui lisant des textes pornographiques,avec zip zinc et rikky darling faisant du bruit derrière…): »c’était épouvantable,pire que metal machine music! »…voilà l’histoire…

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